• Toujours dans le thème "reflet dans le miroir"... Un bout de la vie d'une femme à la vie simple.

     

    Petite, tout était parfait. J’étais la princesse de mes parents. Ils me chérissaient. Je me rappelle encore mon père dire à qui voulait l’entendre : « montre comme tu es jolie ma princesse ». Fièrement, je tournais sur moi-même pour montrer la robe que maman m’avait mise le matin.

    On peut dire que la vie m’avait gâté, mon papa était riche d’après ce que disait les gens mais jaloux, ça c’est ce que maman disait.

     

    Moi, je ne savais pas vraiment ce que cela voulait dire et puis quand on est petit, ce qui compte vraiment, c’est que nos parents nous aiment, qu’ils nous achètent des bonbons et des jouets et surtout qu’ils ne meurent pas dans un accident de voiture quand ils rentrent de chez tata Simone. Parce que j’ai déjà vu ça dans un film, l’autre jour. C’est bien connu, les papas et mamans partent en voiture pour manger chez des amis, nous on reste avec grand-père et grand-mère qui disent : « surtout, faites attention en rentrant la nuit ».

    Des fois, il y a un petit frère ou une petite sœur dans la voiture avec eux mais moi, je suis fille unique.

     

    Aujourd’hui, maman a pleuré toute la journée, hier aussi. Papa, il n’est pas là. Il travaille beaucoup et n’a pas le temps de rentrer, c’est tata Simone qui me l’a dit. Mais, je ne sais pas, je sens qu’on me ment parce que maman n’arrête pas de dire qu’il est avec sa pute. Je ne sais pas encore ce que cela veut dire, il paraît que je comprendrai plus tard. Tout ce que je sais, c’est que maman pleure et que papa, il travaille tard la nuit avec sa pute et qu’il ne dormira pas encore cette nuit à la maison.

     

    Je me suis réveillée tôt ce matin et comme pour le jour de noël, j’ai couru dans le salon parce que papa y était. La situation était bizarre. Maman n’était pas dans son état normal, elle criait beaucoup de gros mots, elle est même tombée deux fois. Papa l’a ramassé mais elle le frappait. Je voulais qu’elle arrête. Il m’a manqué à moi, mon papa.

    Depuis ce jour, je ne l’ai plus jamais revu.

     

    Maman quand elle se lève, elle boit un grand verre de snaps. Et repart dans son lit. Moi, je me prépare pour aller à l’école.  Je n’aime pas y aller. Les autres enfants disent que je suis sale et que je pue, c’est vrai. Depuis le départ de mon papa, maman ne fait plus rien, tout traine partout. C’est la voisine, celle qui me dit souvent : « la pauvre petite, la vie t’a souri et puis le malheur est tombé sur vous » qui me donne à manger, le reste de leur repas parce que je suis toute maigrichonne. Je ne l’aime pas, elle me fait toujours de drôles de remarques en ce moment. Elle me regarde et elle me dit de passer chez elle parce qu’elle a ce qu’il faut à la maison depuis que ses filles ont grandit. Tu dois être un petit A, qu’elle dit.

     

    Maman aussi, me parle bizarrement. Mais elle c’est normal puisqu’elle boit de l’alcool tous les jours. D’ailleurs, je n’ai jamais le droit d’ouvrir les rideaux parce que ça lui fait mal à la tête. Hier, je les ai ouvert dans ma chambre et quand elle a vu la lumière passer sous la porte, j’ai eu droit à une rouste. C’est la première fois que je me suis regardée dans le miroir pour de vrai, je regardais mon corps, je comptais les bleus. Maman a eu la main plus lourde que d’habitude.

    En regardant mon reflet j’ai compris que la vie avait passé son chemin.

    C’est marrant, mes seins commencent à pousser et même des poils sous les bras. Tiens, mon corps change comme avait dit la maitresse. Ça va peut-être faire revenir papa. Oui, je sais, c’est bête de penser ça mais maman a dit que de toute façon papa était un salaud qui n’aimait que les jeunes femmes et moi, je deviens une jeune femme.

    Par moment, je repense à ma vie avant le drame. Papa était rentré que pour récupérer ses affaires, je l’ai compris bien après.

     

    Ma vie continua ainsi jusqu’au premier jour de mes dix-huit ans. J’étais heureuse parce que j’allais être enfin une grande personne et que je pourrais tout comprendre comme on m’avait dit : « tu comprendras quand tu seras plus grande ». Je vais enfin comprendre pourquoi papa est parti, pourquoi maman me dit souvent que je suis une bonne à rien.

    Maman est morte ce soir-là, c’est ce qui l’a dit le pompier : « votre mère est morte ». En plus il paraît qu’elle a cassé un nanevrisme. J’ai cherché les morceaux sur le parquet mais je n’ai jamais rien trouvé. Je n’étais peut-être pas assez grande pour tout comprendre.

     

    Aujourd’hui, j’ai vingt et un ans, maman est morte depuis trois ans, je n’ai jamais revu papa et je regarde pour la deuxième fois mon corps dans le miroir, je viens de mettre bas, je suis maman à mon tour. Mes seins sont beaux, ils vont donner à manger au bébé. Ma voisine a pris l’enfant dans les bras et lui fait des bisous porte-bonheur. Je suis heureuse, le papa m’a offert des roses d’amour parce qu’elles sont rouges.

     

    En regardant mon reflet dans le miroir, j’ai compris que la vie ne m’avait pas oubliée.

     

    Nous, on est rentré à la maison quand l’infirmière a dit qu’il fallait rentrer. Moi, je n’avais plus peur parce qu’elle m’a montré tout ce qu’il fallait faire pour bébé. Je faisais tout comme elle avait dit. La maison est jolie mais on n’a plus d’argent pour la payer. Le monsieur qui nous prend l’argent m’a dit de passer chez lui, peut-être qu’il avait du travail pour moi mais qu’il fallait d’abord voir avec sa femme. C’est pour faire le ménage et à manger, qu’il a dit.

     

    Sa femme est belle, elle met du maquillage comme les actrices de mes films préférés. Elle sent bon aussi même si des fois ça me donne envie de vomir. Elle m’a dit un jour : « Ça vous dit de travailler dans un supermarché en tant que caissière », olala oui être comme ces femmes sur un tabouret avec une jolie blouse et le bip bip de la machine.

    J’ai vu le papa pour lui dire que demain, j’allais être caissière : « tu te rends compte. »

    Il m’a pris dans les bras et m’a fait tourner comme ça. Le papa est fier de moi.

     

    Les filles avec qui je travaille, ne m’aiment plus. Elles sont devenues mes hainemies. J’ai pourtant rien fait de mal, c’est le patron qui me dit que je suis belle et qui me demande comment va mon fils. L’autre jour, dans la salle pour manger, elles ont mis toutes leurs affaires sur les chaises libres pour que je ne puisse pas m’asseoir avec elle.

    Je suis triste de manger dehors, surtout en hiver parce qu’il fait froid. Le papa me réchauffe le soir, après ce n’est plus grave.

     

    J’ai trente sept ans et le fils m’a dit qu’il a mis sa copine enceinte. Ma voisine m’a dit que j’étais jeune pour être grand-mère. C’est vrai. Tata Simone m’a crié dessus parce que ce n’était pas normal. Je lui ai dit que c’était un bébé et que les bébés c’est toujours normal.

    Je regarde pour la troisième fois mon reflet dans le miroir et je me dis que la vie continue.

    Mes seins tombent un peu mais c’est normal quand on va être mamie, mon ventre est un peu moche. C’est les verges dures, qu’on m’a dit.

     

    Le médecin regarde les résultats, enlève ses lunettes et parle. Je dois être encore petite parce que je ne comprends pas son charabia, je sais juste que c’est grave. Ils ont tout fait, c’est ce qu’ils ont dit : « on a tout fait ». Alors, tata Simone m’a dit que quand je verrais le monsieur là-haut qu’il fallait lui dire la vérité et la voisine a hoché de la tête. Parce qu’il faut tout lui dire à ce monsieur le bon comme le mauvais.

    Ce matin, je ne savais pas quoi faire alors j’ai regardé pour la quatrième fois mon reflet dans le miroir et je dis au revoir à la vie mais je n’ai pas pu voir mes seins, je n’en avais plus.

     

    J’ai eu une vie simple mais heureuse, enfin c’est que je pense. Certains penseraient le contraire. Peut-être que eux ils disent ça mais moi, je n’avais pas d’autres exemples que la mienne. Et puis des gens comme moi il y en a pleins mais personne ne le sait, on ne s’intéresse pas à nous. Si à la télé, ils se moquent de nous et de notre misère comme ils disent : « t’as vu l’autre jour à la télé. »

    Je n’en veux à personne mais nous ne sommes pas des bêtes quand même.

     

    Je me rappelle le jour où dans la cuisine, tata Monique a fait tomber le gâteau d’anniversaire de la voisine. Moi, je mangeais du pain. On a rigolé, comme ça toutes les trois. C’était bien. Le papa est venu après, en nous voyant, il a rigolé aussi et nous on a rigolé encore plus parce que le papa fait des bruits bizarres quand il rigole. Qu’est-ce que j’ai eu mal au ventre. Et des jours comme ça où je mange du pain comme ça dans la cuisine et qu’on rigole, j’en ai eu pleins dans ma vie.

     

    Je suis partie, je n’avais pas envie. Tout ce que je sais c’est que quelque soit notre vie, il faut vivre avec.

     

    La fille à la vie simple...

     

     


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  • Je suis la dernière d’une famille de quatre enfants. Pendant longtemps, je pensais être en trop, que je n’avais pas ma place. J’avais toujours cette impression de marcher à coté d’eux.

    La plus jeune donc forcement je n’avais les mêmes jeux et les mêmes attentes que les autres. Ce sentiment qui m’était propre dura jusqu’à mes dix ans.

    Mon frère et mes deux sœurs m’aimaient et me le montraient. On s’amusait ensemble mais pas longtemps, au bout d’un moment je les saoulais.

    J’ai toujours eu cette impression de rien leur apporter ou leur apprendre. Normal, étant la benjamine, celle qui apprenait et ben c’était moi.

     

    Puis il y a eu ce jour, un dimanche matin j’avais dix ans. Comme à notre habitude, nous nous retrouvions tous devant les dessins animés et nos bols de céréales dans le petit salon, nos parents prenaient aussi le petit déjeuner dominical avec nous. C’était un moment convivial.

    Mon père avait pour habitude de lire son journal, Le Monde. Il y passait sa journée, j’adorais le voir concentré devant cette liste de mots écris en tout petit. « Il faut lire le journal mes enfants, c’est important ».

    Donc, ce dimanche matin, mon père récupère son journal fraichement acheté avec les pains chocolat. Nous avions mis  les clips à la télé et le trop de bruit le fit fuir dans sa chambre. Cinq minutes plus tard, mon papa et détail important était en pyjama, avait les cheveux hirsutes et la tête d’une bonne grâce matinée,  débarque dans le petit salon, l’air mi- hagard mi- inquiet, son  journal  grand ouvert devant lui et nous le montre comme s’il avait lu la pire des nouvelles de sa vie et nous balance tout de go, attendant une réponse logique : « On m’a volé la moitié du monde ! » 

    Bien sur, il parlait de son journal Le Monde mais moi, Je me suis prise un fou rire. Il surenchérit agitant à bout de bras sa feuille de chou : "Mais regardez, quelqu'un m'a volé la moitié du monde", je suis tombée de ma chaise en me tenant le ventre, je rigolais sans pouvoir m'arrêter. Je regarde ma mère et mon frère pour voir si mon hilarité les avait contaminé mais non , ils me regardaient inquiets comme si ça y est : « j’étais devenue folle alliée ». Pour leur faire comprendre ma soudaine euphorie je leur dis entre deux soubresauts : « On lui a volé la moitié du monde, ahana… et il a lu ça dans le journal ahahah... » Les trois se regardent, comprennent et nous voilà tous ensemble explosaient de rire.

     

    Ce jour là, j’ai compris que j’étais un membre à part entière de cette famille. J’ai pris confiance en moi d’ailleurs elle ne m’a jamais quitté. J’ai fait plus de sport, du rollers sur le parvis de Trocadéro à sauter les trois marches, les quatre puis les douze, à dévaler les rues à une vitesse folle, à me péter la figure, à avoir mal mais ça ce n’est que sur le moment, à me relever et à repartir, j’étais enfin libre. Cela m’a permis de me lâcher avec une espèce d’effronterie à toute épreuve. Je me suis mise à lire aussi, de plus en plus, à m’épanouir. Par contre, j’étais toujours aussi nulle à l’école mais je m’en moquais puisque j’étais vivante.

    Pour la première fois de ma vie, moi la benjamine, je leur avais apporté quelque chose : mon humour, ma réflexion, moi tout simplement. J'existais enfin.

     

    Comme cela s’est passé l'année de mes dix ans soit pour moi « la première année de mon existence », vu que je suis née en 77 donc si je prends un, que je retiens deux, à cela se rajoute un peu de relativité et que Pi, c’est plusieurs chiffres après la virgule, on peut dire alors que j’ai 27 ans et non 37. Hein ?

     

    Blague à part, des délits de compréhension qui m’ont fait rire toute seule, j’en eu pleins.

     

    Les membres de la famille de mon ex, sont des protestants ultra pratiquants. Je précise ultra parce que c’est prière matin, midi et soir avec ça une envie de convertir le monde (dont moi qui suis totalement athée). Un jour, la maman, revient avec deux beaux paniers chargés de mûres. Toute contente, elle me les montre et me dit qu’elle y retourne le lendemain. Je lui propose de venir avec elle, parce que j’adore manger les fruits sur « l’arbre ».

    Le lendemain, elle et son mari me regardent tout mielleux et me sortent : « on préfère aller au mur ensemble, histoire de se retrouver tout les deux ». Je les regarde bizarrement, ne comprenant pas de quoi ils parlent, je ne dis rien. Eux me regardent avec un grand sourire désolé.

    Je me dis : « tiens, ils ont aussi un mur comme pour les personnes de confession juive ? »

    Ils ont vraiment des pratiques particulières. Pour les juifs, je comprends mais pour des protestants, non là je ne vois pas.

    La semaine passe et la maman me reparle du mur, que c’était bien, qu’elle a passé un bon moment avec son mari surtout qu’ils ont encore quatre enfants à la maison (ils ont en huit en tout), qu’ils étaient seuls pour une fois, blablabi et blablabla… Et moi,pendant qu'elle me parlais, je les imaginais devant un mur tout haut avec des inscriptions bibliques et plein d’autres trucs.

    Et puis une nuit, genre un mois plus tard, je repense à cette histoire en me disant mais qu’elle cruche je suis… Elle me parlait de la cueillette des mûres.

     

    Pleins j’ai dit, j’en ai pleins des histoires comme ça.

     

    En fait, je n’ai pas trente-sept ans mais Vingt-sept…

    Moi et des amis au Trocadéro .
    On ne les voit pas mais j'ai mes rollers aux pieds
    Plus précisément des "quad" qui ne m'ont jamais quitté depuis. Ce sont mes précieux.

     


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  • Nous avons retrouvé la vidéo de la grande reporter Brioche.
    Pour les biens d'un documentaire, notre journaliste de terrain a endossé le rôle de maman, faisant ainsi deux enfants en deux ans.
    Nous l'avons perdue de vu depuis la naissance du dernier et lors du la réfection de son bureau, nous avons retrouvé cette video.
    Ses derniers instants avant que la fatigue ne prenne le dessus.
    Attention images chocs. Nous déconseillons vivement cette vidéo aux gens qui n'ont pas encore d'enfants.

     

     

     

     


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  • Ce texte fait partie d'une série qui a pour thème "mon reflet dans le miroir ". J'y vais un peu fort pour le premier texte, j'ai pas fait exprès. C'est une inspiration sur la vie des gens et de leur image. Prochainement il y aura " La fille à la vie simple " et " j'ai mangé une pomme ".

     

    Je sors de la douche, j'ai une serviette autour de la taille. Je regarde mon reflet dans le miroir de la salle de bain. Je me rase en me disant que je suis un sacré bel homme et qu’en plus je me fais de couilles en or sur le dos des gens. Je ne vous dirai pas mon métier, je suis persona non grata depuis 2008.
    Une bombe sexuelle qui n’est pas ma femme, dort dans le lit. Juste le temps de boire mon café, un coup d'oeil sur ma montre et je sors de l’hôtel.

     

    Je me commande une bavette comme chaque midi et c’est encore cette pauvre cruche qui me sert. Elle a de jolis seins. À voir, peut-être avec un sac sur la tête. Avec mes collègues, on aime parler fort de notre réussite, on veut que tout le monde nous entende. On rit fort aussi mais ça c’est juste pour faire chier et j’adore ça. Ma vie est plus importante que la votre et je veux que ça se sache. Je vous l’ai dit, je suis beau et riche.
    Il y a un truc que je ne sais pas faire, c’est de laisser un pourboire.

     

    Tiens, il y a une entreprise qui se casse la gueule. Je vends tout de suite. Je n’attends pas, de toute façon j’ai besoin de ce fric, ma femme veut une plus grande maison pour les vacances et comme j’hésite encore entre Cannes et Les hauteurs de Nice. Attendez ? Il y a quelque chose qui cloche ? Ce que je fais vous dérange, faites comme moi prenez une trace de coke. Vous comprendrez alors qu’il est plus intéressant d’avoir ma vie que la votre.

     

    Dans le taxi, je demande au type de m’emmener à l’aéroport. Mon fils va être diplômé d’une école hors de prix, le genre d’école où seul ton pédigrée compte pour l’intégrer. Et je ne veux pas un instant louper le serrage de pinces de tout le gratin mondial. Une bise  et une photo avec mon fils et je rentre aussitôt avec cinq contrats dans la poche. Dans ces moments là, je regrette de ne pas avoir eu plus de gamins. Mise plus importante, gain plus important.

     

    Le soir tombe, je suis dans mon bureau. Il y a mon reflet sur la fenêtre et du haut de ma tour, je suis le roi du monde et vous, je vous méprise. Vous travaillez tous pour moi sans vous en rendre compte. Le matin, vous vous levez pour bosser, payer vos factures, vos courses, vos impôts et le pognon qui vous reste il est à moi, dans mon compte en banque et non dans le votre. Chaque fin moi, vous vous demandez : « mais il est où mon fric ». Ça me fait rire.

     

    Je rentre chez moi, ma femme m’attend devant la porte et me dit qu’elle me quitte. Je lui réponds qu’elle n’aura pas un sou de moi. « Je préfère être maigre et pauvre que de vivre avec toi » me balance-t-elle. Elle se baisse, prend sa valise et part.
    Je suis seul, j’appelle mes amis mais personne ne répond, j’appelle mon frère qui ne répond pas lui aussi. J’appelle un collègue : « Tu veux que je passe chez toi, j’ai de la coke ».

     

    Je l’attends, je suis devant le miroir de l’entrée. Je regarde mon reflet, souris et me dis que je suis un sacré connard. Savez-vous que j’ai plus de droit sur votre propre existence et celle de toute votre famille que vous-même ?
    Il n’y a pas de moral dans l’histoire de ma vie et il n’y en aura jamais.  De toute façon vous rêvez tous soit d’avoir ma vie soit que je crève. Et c’est ce que j’aime. À Moins que la terre se mette à tourner de l’autre coté, je serai toujours devant vous.

     

     

    Connard

     

     

     

     


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  • Tu devais venir chez moi, tu avais besoin de repos et de changer d'air. C'est vrai que le monde t'en voulait, t'avais du mal à le supporter.

    Je me suis toujours posée cette question : à partir de quand ton cerveau a fait un tour de 180°.

    Que s’était-il passé ?

    Plus les années passaient et plus je te voyais sombrer. Tu as commencé à mentir sur ta vie. Tu racontais à toutes les personnes que tu rencontrais que tu étais légionnaire mais tu ne pouvais en dire plus, c’était secret défense.  Au début, tu faisais en sorte que je n’entende pas tes mensonges, à force tu te foutais de ma présence, tu t’en étais convaincu

     

    Et puis les filles aussi, tu commençais à avoir des discours misogynes : « Elles se prennent pour qui ces meufs, tu viens, tu leur dis bonjour et elles, elles te regardent des pieds à la tête pour voir si t’es bien fringué et si tu es bancable et si ce n’est pas le cas, elle tourne la tête sans même te rendre un sourire ».
    Je ne savais jamais quoi te dire à part qu’elles avaient le droit de ne pas te parler.
    « Ah ouais, donc elles choisissent ! Mais ça, pas avec moi !».
    Ta rage envers la Femme durait des heures, mélangée avec des noms d’oiseaux…

    Pour sûr, ton cerveau avait bugué.

     

    En même temps, tes amis ne t’ont pas épargné comme le jour où ils t’ont abandonné sur une aire d’autoroute en te disant que le voyage pour toi s’arrêtait là. Tu as dormi sous un abri pendant trois jours, fait la manche et tu es rentré en stop. La saleté que tu avais accumulée sur ton corps, t’avait traumatisé.

     

    Il y a aussi ta maman, belle et grande dame d’une extrême intelligence qui a dilapidé son héritage, une fortune. Un brin folle, ce genre de femme si douée dans tout qu’on se demande si ses hémisphères cérébraux sont connectés.
    Un jour, elle t’a donné une facture sur laquelle elle avait détaillé tout ce qu’elle avait dépensé pour toi depuis le jour de ta naissance. Avec délicatesse, elle t’a demandé de la régler. J’ai jamais compris son geste, toi non plus et pourtant tu as perdu ton temps à essayer de le comprendre.
    Ça a fini de te flinguer le cerveau. J’ai vraiment senti une différence après cette histoire d’addition. Elle ne t’a même pas offert le café.

     

    Je voulais que tu t’en sortes, t’aider et puis il y a eu ce jour.

    Déjà, il faut savoir qu’avant aussi, j’avais peur de toi et ta haine de la vie. Ce dégout était si présent que je ne voulais plus t’accueillir chez moi même pour le café.
    Il y a deux sortes de passage à l’acte ceux qui se suicident et ceux qui suicident les autres.

    Ce samedi là, on décide de se retrouver dans un Parc. Je suis avec mon fils, enfant unique à l’époque et mon chéri. Avec toi, la promenade fut un désastre. Six mois que je ne t’avais vu et ton état avait empiré. Lors de cette balade, toutes les personnes, qui te regardaient, avaient les yeux noirs : « Putain, mais les gens me matent tous de travers. Et cette vieille, t’as pas vu son action ? Elle me fixe pendant dix secondes, s’approche de moi, me fixe encore le visage et se barre. Mais ils ont quoi comme problème, tu ne peux pas être tranquille, de toute façon, je savais que venir ici était une mauvaise idée ». Les gestes qui accompagnaient tes paroles étaient ceux d’un fou.

    Tu devais peut-être ressembler à son petit-fils… Je ne sais pas…

    Je me suis dit qu’il valait mieux partir. Sur le chemin du retour tu m’as raconté en large et en travers tout le mal que les gens t’avaient fait lors de cette foutue marche dans le parc. Devant la maison, je prétexte une sieste pour ne pas te faire entrer et on se dit au revoir.
    Tu pars, j’attends que tu sois loin et dis à mon chéri : « non mais c’est de pire en pire même les pigeons, l’ont regardé de travers ».

     

    Je t’ai esquivé tout mon séjour sur Paris et puis un jour de faiblesse je t’ai proposé de venir me voir sur Aix.

    Deux jours avant ton arrivée, je n’arrivais plus à dormir, je tournais ta folie dans tous les sens et j’ai fait un truc à peine croyable : J’ai caché tous les couteaux de la maison, après j’ai pensé à cacher les fourchettes… Logique non ?

    Non.

    Le lendemain je t’ai appelé pour te dire que tu ne pouvais pas venir. Je t’ai dit aussi qu’il fallait que tu ailles te faire soigner, que tu n’avais plus de recul sur la vie. Je t’ai dit que tu trouvais peut-être ta vie normale, mais qu’elle était courante que pour toi. Désolée, tu as plus de trente ans, t’as quasiment jamais bossé de ta vie parce que les patrons sont tous méchants, tu n’as jamais réussi avoir une relation plus de deux ans parce que les filles « sont pleines de vices » et tu (je crois que c’est le pire) vis avec ta mère qui à cinq chats dans un studio de trente mètres carré.

    Réveille-toi.

    Je ne sais pas, peut-être que tout roule et que c’est moi qui ne te comprends pas.

     

    Tu as passé ta vie à découdre tout ce qu’il y avait autour toi, les études, les jobs, les filles, les amis… Rien ne t’a jamais convenu. Je veux bien, moi aussi je suis une révoltée mais il y a des limites.

    Alors un jour, je t’ai dit d’aller te faire soigner.
    Tu m’as répondu que tu n’étais pas fou.
    Je ne t’ai pas dit que tu étais fou, jusque tu avais un problème et qu’il fallait te faire aider pour t’en sortir.
    Moi, je n’arrivais plus à te suivre.

    Au bout de quinze ans d’amitié et de dégringolade,  je ne pouvais plus rien faire pour te sortir de ta haine. Il m’arrive de penser à toi, j’espère que tu vas bien et que tu respires enfin.

     

      


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