• Les gens assis en-bas des immeubles.

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     Quand ils lèvent les yeux, est-ce qu'ils voient le même ciel que moi ?

    Pendant longtemps, j'ai fait l'aumône, ne pas confondre avec demander l'aumône et puis prise par la réalité de la vie, j'ai arrêté. Ben, oui comme le disent si bien certaines personnes : « Attends, tu vas pas leur donner. L’autre jour, un ami de la tante de la cousine par alliance avec mon cousin Gérard celui qui vit au fond de la cour à droite, les a vu dans une Mercédès ». Ou mieux encore : « Non mais arrête ! Ils vont s’acheter de l’alcool avec ce fric ».
    Toutes ces phrases ont eu raison de ma générosité. Mais donner me manquait trop, j’avais mes habitudes et mes habitués.

    Jeune, ma meilleure amie et moi, nous nous retrouvions chaque samedi dans un café qui se trouvait dans le  Vieux Lyon. Pour m’y rendre, je passais toujours par le même chemin parce qu’il y avait  ce vieux monsieur assis tranquillement sur un pont, qui me donnait l’impression de prendre l’air et de regarder la vie.
    Au moment de sortir de chez moi, je regardais systématiquement dans mon porte- monnaie si j’avais sa petite pièce de dix francs, elle devait toujours y être. J’adorais lui tendre avec mon sourire et lui la prenait avec son sourire. Au fur et à mesure, nos sourires furent plus authentiques et nos regards sincères.
    Cette histoire dura deux ans jusqu’à ce que je déménage.

    Il y a aussi cette fois où j’ai habité au Sénégal pendant cinq mois. Pour être plus précise, je suis partie sur un coup de tête au mois de novembre pour deux semaines et je suis finalement revenue qu’au mois de mars.
    « Mon dieu ! Quelle est cette misère que je n’imaginais pas ». Résultat, je me suis enfermée dans ma chambre pendant deux semaines avec les bons conseils des gens avant mon départ : « tu vas voir, des enfants vont venir en groupe pour te demander de l’argent, faut surtout pas leur donner, après c’est pire… »
    Cette phrase raisonnée dans ma tête car  si je ne pouvais pas donner, je ne pouvais pas sortir.
    Et puis mince, au bout de quinze jours, je me décide à prendre un taxi pour visiter Dakar.
    C’est vrai, au feu rouge il y avait toutes sortes de mendiants, des enfants, des femmes, des vieillards infirmes, des jeunes avec des handicaps que je n’aurai soupçonnés. Ils s’approchèrent de ma vitre mais le chauffeur, leur fît un signe de la main pour qu’ils s’éloignent. Je lui demande : « Je peux leur donner quelque chose sans qu’ils me suivent, en fait on me l'a déconseillé… », Je lui explique et celui-ci me répond que bien au contraire, ils suivent ceux qui ne donnent pas, les harcellent même un peu. Ils savent que vous avez les moyens de donner et ne comprennent ce refus qu’ont certains à ne pas vouloir les aider, fondamentalement, ils ne demandent pas grand chose.

    Ainsi, j’ai donné. Pareil que précédemment, j’avais mon petit rituel. Je ne sortais jamais de ma chambre d’hôtel sans avoir mes cinq pièces de vingt centimes de franc (l’équivalent de quinze centimes d’euros, effectivement peu de chose).
    Je crois que je n’ai jamais eu et rendu autant de sourire de ma vie, même quand je ne donnais pas d'argent, j’avais droit à un regard ensoleillé.

     

    Des histoires comme ça,  j’en ai pleins comme lorsque je bossais dans une sandwicherie à Lyon. Chaque soir, j’allais les bras chargés place des Terreaux, donner aux keupons de quoi manger. Le plaisir de les voir ouvrir les sacs et y découvrir ce qu’il y avait : « Roh, y a du porc ! », « ouais ben, tu t’calmes et tu prends autre chose » disait l’un pendant qu’un autre surenchérissait : « Et ben, t’as qu’à pas bouffer ». Ils ne me regardaient pas, trop défonçaient, ils avaient juste faim. De les savoir rassasiés me suffisait. Et j’y retournais le lendemain en faisant attention à ne pas mélanger les mets avec du jambon des autres.
    Et cette fois où j’appelle la veille de Noël, le Secours Populaire parce que j’avais vidé tout les frigos de cette sandwicherie  et qu’il me restait pleins de trucs : « Oui, mais il faut venir », « Mais je n’ai pas de voiture, vous ne pouvez pas envoyer quelqu’un ? ». « Non ».  Je suis restée assise, idiote pendant presque vingt minutes avant de me décider à tout jeter, des dizaines de bûches au chocolat autant à la framboise, des tartes au citron, des pains au chocolat… Sans citer tous les sandwichs…

    Je sais ce que pensent beaucoup d’entre vous mais moi, cette pratique me permet de vivre en harmonie avec moi même.  J’ai arrêté pendant presque dix ans de faire la charité. Cela m’a manqué et aujourd’hui, je recommence et je me sens bien. J’aime donner cette attention aux nécessiteux, leur montrer que malgré tout on pense à eux.


    Le pire, c’est quand au détour d’une rue, la personne assise en-bas de l'immeuble est une personne avec qui tu as bossé pendant deux ans et qui à l’époque n’avait pas de problèmes.

     

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    Les gens assis en-bas des immeubles.

     

    « À toi, celle qui pensait que j'étais sa connasseLa vie sans fin d'Henrietta Lacks »

  • Commentaires

    6
    abdelhamid
    Vendredi 21 Novembre 2014 à 14:53

    Asmouille la fripouille est exceptionnelle et d'une générosité qui l'est tout autant.

    5
    Vendredi 21 Novembre 2014 à 12:38

    Coucou Asmouille la fripouille... J'ai déjà eu l'occasion de te lire.
    Merci pour ton retour et c'est marrant mais mes tous premiers souvenirs d'aide à l'autre sont au Maroc aussi. yes

    4
    Jeudi 20 Novembre 2014 à 23:19
    Asmaa

    Très beau billet que je découvre grâce à Abdelhamid.


    La misère est un sujet que me touche énormément (d'ailleurs, je pense qu'on devrait tous l'être). J'ai moi aussi participé à quelques actions humanitaires notamment quand j'étais encore au Maroc. Aujourd'hui, je contribue à cette cause à mon échelle, avec quelques sourires et quelques pièces.

    3
    abdelhamid
    Jeudi 20 Novembre 2014 à 21:03

    il reste des humains. J'ai déjà préparé des colis alimentaires pour des personnes en rupture d’hébergement et avec peu de moyens. Je faisais ça dans le cadre professionnel pendant des années et d'autres personnes ont pris le relais. Agir simplement.

    2
    Jeudi 20 Novembre 2014 à 20:49

    Coucou Abdelhamid, merci pour ce retour.

    Cet après-midi, en allant chercher ma fille, j'ai vu une femme rebrousser chemin devant moi, elle cherchait un truc dans son sac. Elle était toute pensive. Elle reprend sa route et au moment de la dépasser, je l'ai vu donner une pièce à une femme.... Comment dire, j'ai eu un sentiment de soulagement avec un merci complice dans mon regard. 

    1
    abdelhamid
    Jeudi 20 Novembre 2014 à 20:26

    un texte très fort sans détour. Merci

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